Paul Eluard site officiel2019-09-17T13:47:20+01:00

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Picasso et Eluard à Barcelone

Le Musée Picasso de Barcelone, dont le directeur est notre ami Emmanuel Guigon, prépare pour novembre 2019 une grande exposition consacrée à Picasso et Eluard. C’est l’occasion de rappeler qu’au début de 1936 Eluard et Picasso ont déjà vu leurs noms étroitement associés à Barcelone.

Le 18 janvier 1936, une exposition annoncée comme la « Primera Exposición Picasso en España » —  celle de 1900 semblait oubliée — s’ouvre à la salle Esteva avec vingt-cinq tableaux, dessins et papiers collés, choix préparé par Jaime Sabartès, Christian Zervos, André Breton et Paul Eluard.

La salle Esteva est alors une galerie située au 21, rue Casp. La manifestation est organisée par la très active association ADLAN  (Amics de l’Art Nou), groupe dans lequel des poètes comme Josep Vicenz Foix, Carles Sindreu  et Luis Góngora se sont retrouvés avec l’architecte Josep Lluís Sert ou l’artiste et critique d’art Magí Albert Cassanyes. Comme l’annonce le feuillet servant de catalogue, le parti adopté par les organisateurs est de montrer en Picasso « un poeta i un revolucionari » en excluant les aspects plus rassurants de la production du peintre. Au public catalan, elle veut faire connaître des œuvres choisies pour leur caractère novateur, les unes datant de l’époque cubiste, notamment des papiers collés, et d’autres récentes : celles dans lesquelles le peintre « est, plus purement et plus intégralement que jamais, Picasso », comme on lit dans le catalogue.

Un exemple : un « Projet de tapisserie, peinture et papiers collés » figure en numéro 1 sur la liste. Il s’agit, je pense, du carton de tapisserie appelé tour à tour « Deux femmes », « Confidences », « La Confidence », que Picasso a créé en 1934 à l’intention de Mme Cuttoli. L’audace est autant dans les moyens utilisés que dans le troublant face à face de deux représentations de la féminité : d’un côté une femme nue et gracile, agenouillée ; de l’autre une créature anthropomorphe dont la tête semble être un objet carnassier.

L’association ADLAN a invité Eluard, le nommant pour l’occasion membre d’honneur. Nusch l’accompagne à Barcelone et dans d’autres villes durant un voyage qui se terminera à Madrid, où l’exposition sera présentée. Eluard va donner plusieurs conférences sur le peintre et sur le surréalisme et même parler à la radio. L’accueil chaleureux qui lui est fait à Barcelone dès son arrivée trouve son écho dans la presse.

En 1918,  à Barcelone,  grâce aux collaborations de poètes comme Josep Maria Junoy et Joan Pérez Jorba,  le quotidien La Publicitad confirmait l’existence d’une attirance forte et éclairée pour tout ce qui incarnait les tendances les plus modernes en France. C’est le même journal, devenu La Publicitat en catalan, qui, le 17 janvier 1936, affiche en  première page le portrait d’Eluard par Picasso avec la légende : « Un dessin de Picasso d’il y a huit jours, spécialement exécuté pour La Publicitat . Paul Eluard ».

Daté « Ce soir le 8 janvier / XXXVI / Picasso » et offert au poète juste avant son départ de Paris, le portrait montre le même visage grave et éprouvé par la maladie que font voir des photographies de l’époque (le dessin, la même année, constituera le frontispice du recueil Les Yeux fertiles publié par Guy Lévis Mano). En page 2 du journal, J. V. Foix consacre au dessin sa rubrique Notes i simulacres, titrée « Un dibuix que té vuit dies ». Dans l’article, Foix décrit un visiteur « snob » disant très haut son dédain pour les tableaux exposés salle Esteva et l’oppose aux admirateurs « sincères et silencieux » parcourant fascinés l’exposition, tels des « somnambules ».

La Publicitat a annoncé pour le soir même, à dix heures et toujours à la Sala Esteva, une conférence d’Eluard sur Picasso avec des lectures de textes de Breton et de Zervos : « L’œuvre de Picasso sera projetée sur écran. Radio Barcelone diffusera la conférence. » Dans le numéro du 18 janvier, la page 2 du journal est consacrée à la conférence de la veille. L’auteur anonyme du compte rendu — J. V. Foix ? — reprend longuement les thèmes développés par Eluard en s’appuyant sur des citations, sans doute contrôlées d’après le texte sur Picasso « Je parle de ce qui est bien » paru dans Cahiers d’art. Il résume ensuite les textes dont Eluard a donné lecture, puisés dans le « Picasso poète » d’André Breton et dans la « Conversation avec Picasso » publiée par Christian Zervos dans le tout récent numéro de Cahiers d’art, Picasso 1930-1935.

Peu avant de quitter Barcelone, Eluard écrivait dans une lettre : « L’exposition Picasso, vue par des milliers de gens, a provoqué une animation incroyable. » C’était dire qu’elle avait attiré les visiteurs et mis en mouvement les esprits. Gageons que l’exposition qui scellera à la fin de cette année l’association des noms Picasso et Eluard suscitera la même « animation ».

Étienne-Alain Hubert

Eluard et la Grande Guerre

Déjà atteint par la tuberculose, Eluard alors âgé de 21 ans souhaitait être versé sur le Front. Dans cette lettre (parue dans  ” Lettres à Gala ” page 379), Gala qui va bientôt devenir sa femme l’implore de ne pas s’exposer.

La vidéo

Eluard et ses amis peintres et sculpteurs
« Voir et Donner à voir »

Liste des intervenants de la Table Ronde du 14 octobre 2017 :

Harry Bellet, journaliste au Monde, accueille :

1mn 50′ : Germain VIATTE, Conservateur Général, commissaire de la grande exposition de 1982 « Eluard et ses amis peintres » au Centre Pompidou.

21mn 51′ : Etienne-Alain HUBERT, Maître de conférences honoraire, co-Président de l’association « Société des Amis de Paul Eluard ».

38mn 30′ : Gérard GUYOMARD, artiste peintre et restaurateur de tableaux.

52mn : Sylvie GONZALEZ, Directrice du Musée Paul Eluard à Saint-Denis.

1H09 : Marie BONNAFE, psychiatre, psychanalyste, fille du docteur Lucien BONNAFE qui fut Directeur de l’hôpital de Saint-Alban.

1H32 : Nicole BOULESTREAU, Professeur honoraire à l’Université Paris Ouest La Défense, co-Présidente de l’association « Société des Amis de Paul Eluard ».

1H46 : Isabelle ROUGE-DUCOS, Conservateur en chef du patrimoine, Musée Picasso, Paris.

2H00 : Emmanuel GUIGON, Directeur du Musée Picasso de Barcelone.

2H10 : Emilie BOUVARD, Conservateur en chef du patrimoine, Musée Picasso, Paris.

2H16 : Rosa Maria MALET, Directrice de la Fondation Juan Miró à Barcelone.

2h30 : Témoignage filmé, écrit et dit par Antony PENROSE, fils de Roland PENROSE et Lee MILLER.