Paul Eluard site officiel2019-12-06T22:54:00+01:00

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Picasso et Eluard à Barcelone. Exposition.

Picasso et Eluard à Barcelone

« L’exposition Pablo Picasso et Paul Eluard. Une amitié sublime » s’est ouverte le 8 novembre au Museu Picasso de Barcelone avec un très grand succès. Elle durera jusqu’au 15 mars 2020.

Le 18 janvier 1936, une exposition annoncée comme la « Primera Exposición Picasso en España » —  celle de 1900 semblait oubliée — s’ouvre à la salle Esteva avec vingt-cinq tableaux, dessins et papiers collés, choix préparé par Jaime Sabartès, Christian Zervos, André Breton et Paul Eluard.

La salle Esteva est alors une galerie située au 21, rue Casp. La manifestation est organisée par la très active association ADLAN  (Amics de l’Art Nou), groupe dans lequel des poètes comme Josep Vicenz Foix, Carles Sindreu  et Luis Góngora se sont retrouvés avec l’architecte Josep Lluís Sert ou l’artiste et critique d’art Magí Albert Cassanyes. Comme l’annonce le feuillet servant de catalogue, le parti adopté par les organisateurs est de montrer en Picasso « un poeta i un revolucionari » en excluant les aspects plus rassurants de la production du peintre. Au public catalan, elle veut faire connaître des œuvres choisies pour leur caractère novateur, les unes datant de l’époque cubiste, notamment des papiers collés, et d’autres récentes : celles dans lesquelles le peintre « est, plus purement et plus intégralement que jamais, Picasso », comme on lit dans le catalogue.

Un exemple : un « Projet de tapisserie, peinture et papiers collés » figure en numéro 1 sur la liste. Il s’agit, je pense, du carton de tapisserie appelé tour à tour « Deux femmes », « Confidences », « La Confidence », que Picasso a créé en 1934 à l’intention de Mme Cuttoli. L’audace est autant dans les moyens utilisés que dans le troublant face à face de deux représentations de la féminité : d’un côté une femme nue et gracile, agenouillée ; de l’autre une créature anthropomorphe dont la tête semble être un objet carnassier.

L’association ADLAN a invité Eluard, le nommant pour l’occasion membre d’honneur. Nusch l’accompagne à Barcelone et dans d’autres villes durant un voyage qui se terminera à Madrid, où l’exposition sera présentée. Eluard va donner plusieurs conférences sur le peintre et sur le surréalisme et même parler à la radio. L’accueil chaleureux qui lui est fait à Barcelone dès son arrivée trouve son écho dans la presse.

En 1918,  à Barcelone,  grâce aux collaborations de poètes comme Josep Maria Junoy et Joan Pérez Jorba,  le quotidien La Publicitad confirmait l’existence d’une attirance forte et éclairée pour tout ce qui incarnait les tendances les plus modernes en France. C’est le même journal, devenu La Publicitat en catalan, qui, le 17 janvier 1936, affiche en  première page le portrait d’Eluard par Picasso avec la légende : « Un dessin de Picasso d’il y a huit jours, spécialement exécuté pour La Publicitat . Paul Eluard ».

Daté « Ce soir le 8 janvier / XXXVI / Picasso » et offert au poète juste avant son départ de Paris, le portrait montre le même visage grave et éprouvé par la maladie que font voir des photographies de l’époque (le dessin, la même année, constituera le frontispice du recueil Les Yeux fertiles publié par Guy Lévis Mano). En page 2 du journal, J. V. Foix consacre au dessin sa rubrique Notes i simulacres, titrée « Un dibuix que té vuit dies ». Dans l’article, Foix décrit un visiteur « snob » disant très haut son dédain pour les tableaux exposés salle Esteva et l’oppose aux admirateurs « sincères et silencieux » parcourant fascinés l’exposition, tels des « somnambules ».

La Publicitat a annoncé pour le soir même, à dix heures et toujours à la Sala Esteva, une conférence d’Eluard sur Picasso avec des lectures de textes de Breton et de Zervos : « L’œuvre de Picasso sera projetée sur écran. Radio Barcelone diffusera la conférence. » Dans le numéro du 18 janvier, la page 2 du journal est consacrée à la conférence de la veille. L’auteur anonyme du compte rendu — J. V. Foix ? — reprend longuement les thèmes développés par Eluard en s’appuyant sur des citations, sans doute contrôlées d’après le texte sur Picasso « Je parle de ce qui est bien » paru dans Cahiers d’art. Il résume ensuite les textes dont Eluard a donné lecture, puisés dans le « Picasso poète » d’André Breton et dans la « Conversation avec Picasso » publiée par Christian Zervos dans le tout récent numéro de Cahiers d’art, Picasso 1930-1935.

Peu avant de quitter Barcelone, Eluard écrivait dans une lettre : « L’exposition Picasso, vue par des milliers de gens, a provoqué une animation incroyable. » C’était dire qu’elle avait attiré les visiteurs et mis en mouvement les esprits.

La foule qui s’est pressée dès les premiers jours dans les salles de cette exposition – qui scelle à nouveau l’association des noms Picasso et Eluard – montre qu’elle suscite la même ” animation “.

Étienne-Alain Hubert

Père Lachaise. 18 novembre 1952.

Musée d’Art et d’Histoire Paul Eluard – Saint-Denis.
Cliché : Irène Andréani

Nouvelles références

Bibliographie / Eluard poète

Eluard et les peintres

Michel Murat : Eluard Picasso Pour la paix,

Les infos de l’exposition

” Pablo Picasso et Paul Eluard. Une sublime amitié “

Horaires : de mardi à dimanche, de 9h à 17h. (y compris pendant les vacances, exceptés les lundis)
Nocture le mardi jusqu’à 21h30.

En ligne pour plus d’informations Musée Picasso Barcelone